06/10/2006

Histoires d'ours

 



L'ours, du latin «ursus», figure parmi les animaux "totems" les plus familiers dans les croyances amérindiennes. On le connaît pour sa robustesse, pour sa stature imposante et il inspire souvent la crainte.  Il est présent dans toute l'Amérique du Nord ainsi qu'en Europe et en Asie.
 

Plusieurs personnes en ont fait la rencontre en se promenant dans les bois et elles en ont sûrement gardé un souvenir très vif. Cet animal, bien que familier, est pourtant bel et bien méconnu. Peu de gens, en effet, connaissent les légendes qui le racontent, les symboles auxquels on l'associe et tout le respect dont l'entouraient plusieurs nations indiennes.

On prononçait rarement son nom chez les Autochtones, on l'appelait «la bête sauvage» ou simplement «l'animal». On le craignait et on le respectait tout à la fois.

Dans plusieurs nations, l'ours symbolise tout d'abord l'introspection parce qu'il se retire l'hiver afin d'assimiler tous les évènements passés. Durant cette période de silence et d'isolement, les réponses aux questions peuvent être trouvées. L'enseignement qu'on peut tirer des agissements de l'ours montre à quel point il est important de se retirer de temps à autre loin des bruits qui nous entourent et loin de notre propre flot de pensées. C'est dans le silence, en effet, qu'il est possible d'entendre sa voix intérieure ainsi que la voix du Créateur.

Voici ce qu'une légende montagnaise raconte au sujet d'un ours :

«Un homme, une femme et leur bébé s'en allaient en canot jusqu'à leur campement. Malheureusement le canot se renversa et le couple se retrouva noyé dans la rivière. Le bébé était, quant à lui, attaché au centre du canot. Quand celui-ci se retourna, l'enfant évita la noyade et dériva avec le courant. Une ourse qui pêchait au bord de la rivière vit passer le canot et son vulnérable passager. Elle décida d'amener le bébé avec elle dans sa tanière et elle l'éleva comme son propre rejeton. L'enfant grandissait et il était heureux auprès de sa mère. Un jour, celle-ci l'amena près d'un village humain afin qu'il puisse connaître ses semblables. «Il est temps pour toi d'aller vivre chez les tiens» lui dit-elle. L'enfant s'en alla en promettant de ne jamais faire de mal à un ours.

Le jeune garçon grandit et devint un homme. Il se maria et il eût lui aussi des enfants. Son plus jeune fils s'en alla un jour à la chasse muni de son arc et de ses meilleurs flèches. Soudain, il aperçut une ourse. Il banda son arme surpris que l'animal ne tentait pas de fuir. Il lui décocha une flèche en plein coeur. Il ramena fièrement sa prise au village, voulant la montrer à son père. Quand ce dernier aperçut la bête, il reconnut celle qui l'avait nourrit et élevé comme son propre petit. Il se mit alors à chanter le courage et la bravoure de l'ourse en dansant autour de sa dépouille. Depuis ce temps, les amérindiens de plusieurs nations saluent le courage de cet animal en faisant de sa chair un festin très spécial.»

La chair de l'ours était, pour les Amérindiens, la plus délectable de toute. On faisait festin de cet animal et on le traitait avec beaucoup d'égard.

Dans les premières années de la colonie, lorsqu'un ours était tué, le chasseur laissait sa proie en forêt et s'en allait chercher quelqu'un du village afin qu'il aille constater la mort et qu'il puisse en rapporter la nouvelle. On préparait ensuite l'ours pour qu'il puisse être mangé. Pendant toutes ces préparations, les jeunes filles nubiles ou mariées qui n'avaient pas encore eût d'enfants (celles de la cabane où l'ours doit être mangé autant que les voisines) devaient s'en aller cabaner un peu plus loin et se faire un abris comme elles le pouvaient. Elles ne revenaient que lorsque le festin était terminé.

En préparant l'animal, on prenait bien garde que les chiens ne lèchent le sang ou ne mangent les os ou les excréments car ce serait là une offense envers l'esprit de l'ours. Ses os étaient jetés au feu alors que son crâne était suspendu à un arbre aux yeux de tous. On préparait la chair dans deux chaudrons pour en faire deux festins. Au premier festin on conviait les hommes et les femmes âgées, tandis que le deuxième festin était «à manger tout» et se faisait entre les hommes seulement.

Ces coutumes entourant la vénération et la préparation de l'ours pour un grand festin semblent s'être transmises au fil des siècles. 

Le docteur Napoléon Comeau, qui pratiqua la médecine sur la Côte Nord vers le milieu du 20ième siècle, était un trappeur et un pêcheur d'expérience. Fils d'un engagé de la Compagnie du Nord Ouest, il côtoya depuis sa tendre enfance les plus belles rivières à saumon, les grandes étendues sauvage du nord et les amérindiens, Montagnais et Naskapis.

A l'exemple de son père et de ses amis amérindiens, il devint un amoureux de la nature. La chasse, la pêche et la trappe faisait autant partie de sa vie que la médecine qu'il pratiquait et il était souvent invité à participer à des cérémonies auxquelles seuls les Amérindiens étaient habituellement conviés.

Il eût l'occasion un jour de partager un festin d'ours avec des amis Montagnais. La description qu'il en fait nous montre que les traditions se sont vraiment transmises à travers le temps et à travers les difficultés liées à l'assimilation et à la vie dans les réserves. Malgré quelques différences, l'essentiel de ce rituel faisait encore partie du mode de vie des peuples Algonquiens il y a à peine soixante ans.

La Fête de l'ours était célébrée à quelques reprises durant l'année. Surtout lorsque les amérindiens s'en allaient chasser à l'intérieur des terres car les missionnaires travaillaient très fort pour abolir ces superstitions païennes. 

On construisait d'abord un wigwam spécialement pour l'évènement. Le sol était recouvert de branches de sapins et, au milieu, on plaçait, en guise de nappe, un grand morceau de coton. Il n'y avait pas d'ustensiles, seulement une baguette et une cuillère confectionnées en bois de cormier qui est le bois favori de l'ours.

 

Une fois tous les hommes bien installés on débutait le festin.  En guise de soupe on faisait circuler parmi les convives un grand bol de graisse d'ours chaude. Un fois la soupe terminée, c'était au tour du cou et de la tête cuits à la broche. Le chef était le premier à recevoir la viande. Avant de se servir, il chantait les louanges de l'ours en une espèce de harangue rauque. Il mordait ensuite dans la chair pour en détacher un morceau. Aucun couteau ne devait toucher à ces morceaux car ils étaient considérés comme sacrés.

Après ce deuxième service, chacun pouvait se servir à sa guise des différents plats tous à base de viande d'ours. On servait à ces festins, du saucisson, du ragoût, de la soupe et de la viande rôtie. Certaines parties, comme les pattes, n'étaient pas mangées car on croyait que, si on en mangeait, on serait exposé à avoir froid aux pieds toute sa vie. Une fois tous les invités bien repus, le bol de graisse était rapporté devant le chef. Il s'y plongeait les mains et en enduisait sa longue chevelure. Il était aussitôt imité par les autres chasseurs. Le repas terminé, on allait chercher les pipes et le tabac et tout le monde s'en donnaient à coeur joie pour tirer une bonne bouffée ou faire la sieste. Les restes du festin étaient enlevés par les femmes pour leur repas.

21:47 Écrit par gisella56 dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : l_aigle_et_le_bison |  Facebook |

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