21/09/2006

Chasse à la sauvagine

 

Bien avant l'arrivée des Européens en Amérique du Nord, les Amérindiens puisaient dans l'abondante ressource faunique de ce continent pour se nourrir, se vêtir, se confectionner des outils, des instruments et des parures. Les millénaires passés en symbiose avec la nature les ont amenés à développer des astuces et des techniques pour prendre efficacement le gibier.

De même, la proximité avec les animaux a inspiré leur imaginaire pour la création de récits fabuleux, de contes, de légendes, qui ont servi à transmettre les valeurs et les façons de faire de génération en génération. Je pense, entre autres, aux aventures de Carcajou avec les oiseaux aquatiques relatés par Rémi Savard dans son intéressant livre Carcajou et le sens du monde et au conte de Mistapeu et son outarde.

Depuis plusieurs millénaires, des populations amérindiennes ont occupé, de façon plus ou moins permanente, des territoires tout le long du fleuve Saint-Laurent de même que certaines îles qui s'y trouvent. Elles y pratiquaient couramment, il n’y a pas si longtemps encore, la chasse et la pêche de subsistance. Bien sûr, plusieurs de ces villages n’existent plus aujourd’hui. Quoiqu’il en soit, leurs habitants avaient des activités qui ont laissé des traces. 

Qu’y faisaient-ils? Comment le faisaient-ils? Est-ce qu'ils consommaient, au temps jadis, du gibier d'eau comme certains le font encore aujourd’hui? Comment le savoir ? Pour remonter loin dans le passé, à défaut de documents écrits, certaines sources peuvent nous donner des informations sur ces sujets. Ce sont : la tradition orale, qui peut nous informer sur ce qui se perpétue, évolue ou se perd de génération en génération et, comme nous le verrons, l'archéologie qui nous renseigne grâce aux vestiges matériels. 

D’ailleurs, des fouilles archéologiques, effectuées sur les territoires que j’ai explorés lors de mes recherches de maîtrise en ethnologie, ont révélé des secrets fort intéressants. D’autres aspects de la chasse à la sauvagine touchant des pratiques de chasse anciennes et contemporaines, des coutumes, des croyances, etc..., seront abordés dans cette série d’articles.


 


Chez les Cris de la Baie James la chasse à la bernache du Canada revêt depuis fort longtemps un caractère bien particulier surtout au printemps. En effet, cette chasse est très structurée. Bien que la chasse ne soit plus aujourd'hui une activité absolument nécessaire à la survie, le gibier occupe toujours une grande place dans l'alimentation des Cris et les habitudes de chasse traditionnelles viennent perpétuer un style d'apprentissage typiquement cri et par le fait même valorise leur identité.

Quand les oies apparaissent lors de la migration printanière Nord et lorsqu'elles retournent au Sud, des chasseurs cris les attendent avec impatience. Depuis peu, avec le développement de l'économie monétisée dans les établissements des Cris, il est à noter que les hommes quittent leurs emplois pour se joindre à la chasse même s'ils eussent pu acheter, avec les salaires qu'ils auraient gagnés, bien plus d'oies qu'ils n'en tueront chacun. Évidemment, même si l'oie rôtie est délicieuse, ce qui incite les hommes à la chasser n'est pas seulement le fait de manger de la bonne nourriture. Il y a aussi une composante mentale très puissante : un désir passionné de chasser. En d'autres termes, chasser une oie n'est pas une simple affaire de rationalité économique ni même un caprice de l'appétit. C'est une activité qui est au centre de la structure de pensée et d'émotion qui donne personnalité et cohérence à la vision du monde des Cris.

La chasse printanière est particulièrement importante puisqu'ils se retrouvent entre eux. Ils peuvent alors pratiquer une chasse traditionnelle sans être distraits par la présence des chasseurs non-autochtones comme c'est le cas à l'automne. La période pour cette chasse s'échelonne de la troisième semaine d'avril à la mi-mai environ.

Comme pour n'importe quelle activité cynégétique, la connaissance de l'environnement et du comportement des oiseaux est un élément essentiel pour avoir du succès.

Ainsi, au printemps, des familles forment des clans et se retrouvent sur un territoire de chasse particulier. L'apprentissage de la chasse se fait au contact d'un " Chef des oies " généralement plus âgé, mais pas nécessairement puisqu'un jeune peut aussi occuper cette position s'il est reconnu pour ses compétences de bon chasseur. Son rôle consiste à guider les chasseurs sans pour autant user d'autorité. Il encouragera l'intuition des autres chasseurs et suggérera les tactiques de chasse. Cette façon de faire est toutefois bouleversée à l'automne puisque la présence des Blancs oblige souvent les chasseurs à gérer des pourvoiries, d'où la grande importance de la chasse printanière pour les Cris.

L'apprentissage ne se fait pas qu'en posant des questions aux chasseurs plus expérimentés. Les nouveaux sont incorporés dans l'action. Ici, le silence est d'or. On parle peu. C'est au nouveau à percevoir les détails, à interpréter ses gestes, sa pensée, ses actions, sa parole, les sentiments qui lui permettront de s'incorporer au groupe.

14:49 Écrit par gisella56 dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : l_aigle_et_le_bison |  Facebook |

Commentaires

comment ne pas aimer cette vie là , et pourkoi avoir detruit un peuple ki vivait en harmonie ... tristes humains qui ne comprendront jamais la valeur de la vie, Jo

Écrit par : jocelyne2 | 03/10/2006

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