02/08/2006

Zone du Haut-Maroni

Départ de mission

 

Les amérindiens Wayanas du Haut Maroni, et en particulier ceux du village d'Antecume Pata, constituent la population la plus contaminée de Guyane, d'après les résultats des études coordonnées par le RNSP/InVS en 1994 et 1997. Les enquêtes nutritionnelles montrent que cette contamination est liée à la très forte consommation de chair de poissons par les Wayanas, qui est de 350 g par jour en moyenne pour les personnes entre 15 et 45 ans, et qui peut atteindre 600 g par jour chez les hommes adultes, lors des campagnes de pêche favorables. Les objectifs des travaux réalisés dans le cadre de ce programme, notamment lors de la mission d'octobre 2001, visaient à préciser les niveaux de contamination des principales composantes des hydrosystèmes de cette région du Haut-Maroni, en comparaison avec les données acquises sur les autres sites de Guyane (sites de référence, zone de Petit-Saut).

Hormis les criques orpaillées côté surinamien, l'eau et les sédiments de la région d'Antecume Pata sont peu contaminées. La teneur de mercure total dans l'eau filtrée est de 1,0 ± 0,2 ng/L en moyenne, et de 1,4 ng/L dans une crique orpaillée. Elle est semblable à celle observée dans les autres cours d'eau de Guyane, sauf à proximité immédiate des chantiers d'orpaillage de Dorlin, où les concentrations atteignent 5 ng/L. Le méthylmercure (MeHg) dans l'eau filtrée représente une infime partie du mercure total avec des concentrations variant de 0,01 à 0,07 ng/L (moyenne 0,03 ng/L). Ces niveaux sont comparables à ceux mesurés dans les criques Leblond et Coursibo en amont du barrage de Petit-Saut et dans les eaux de surface du réservoir. Contrairement aux rivières proches des chantiers (Petit Inini, en aval de Dorlin, et Leblond, en aval de Ste Elie), la charge en particules en suspension dans la colonne d'eau est faible dans la Litany et le Marouiny, les deux rivières qui après leur confluence forment le Maroni, au Nord d'Antecume Pata. Or, ce sont ces particules qui sont porteuses de la principale charge en mercure, via l'érosion des sols et des sédiments et les apports anthropiques lors de la fabrication et du brûlage des amalgames. Ce phénomène a été retrouvé dans les petites criques orpaillées coté surinamien, où les sédiments récents, déposés en surface, contiennent en moyenne 300 ± 50 ng/g de Hg total. Les eaux présentes dans ces sédiments sont dans l'ensemble 6 fois plus chargées en mercure que l'eau de la rivière. L'ensemble des autres sédiments prélevés dans la Litany et le Maroni, à proximité d'Antecume Pata, ont de faibles teneurs en mercure, proches de 100 ng/g, ce niveau pouvant être considéré comme le " fond géochimique ", eu égard aux études menées sur les sites de référence (Section I).

Les niveaux de contamination de la composante biologique des systèmes aquatiques sont comparables, voire inférieures pour certaines espèces, à ceux mesurés dans les autres sites de Guyane. Pour les poissons, notamment pour l'espèce carnivore/piscivore Hoplias aimara, les concentrations moyennes du mercure dans le tissu musculaire sont significativement plus faibles que celles mesurées sur la Crique Leblond, en aval du site d'orpaillage de Ste Elie, et sur les différentes stations de la retenue du barrage de Petit-Saut, en tenant compte des facteurs "taille" et "poids" des organismes. Les Atipas, poissons omnivores élevés par les amérindiens en conditions extensives, sont faiblement contaminés, la concentration moyenne étant de 0,28 ± 0,02 mg/g (pds sec). Il faut toutefois mentionner que 34 % des poissons carnivores et 60 % des poissons piscivores capturés autour du village d'Antecume Pata en octobre 2001, toutes tailles confondues, avaient une concentration de mercure supérieure à la norme de 2,5 µg/g (pds sec). Face à ces résultats, il est évident que les niveaux d'imprégnation mesurés dans les populations Wayanas, à partir des dosages de mercure réalisés sur des échantillons de cheveux, sont étroitement dépendants de l'abondance et de la fréquence des repas à base de poissons, plus précisément d'espèces carnivores/piscivores. Une nouvelle fois, les apports alimentaires de mercure, et surtout de méthylmercure (MeHg), diffèrent notablement selon la position des poissons au sein des réseaux trophiques, à cause de la bioamplification du MeHg : les espèces herbivores ou omnivores sont très peu contaminées et peuvent être consommées sans restriction ; à l'opposé, les espèces piscivores présentent un risque important eu égard aux teneurs en MeHg dans le muscle, notamment pour les femmes enceintes et les jeunes enfants.

19:53 Écrit par gisella56 dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : l_aigle_et_le_bison |  Facebook |

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